L’ONU et le désordre mondial (étude du porte-parole de la présidence turque)

Le monde a besoin de justice, de paix, d'égalité, de compassion et de sagesse, c’est-à-dire de valeurs éternelles partagées pour toute l’humanité que le système onusien actuel ne peut offrir.

L’ONU et le désordre mondial (étude du porte-parole de la présidence turque)

Cette semaine, les dirigeants mondiaux se rendront à New York pour assister à la 72ème Assemblée générale des Nations Unies alors que le chaos et le désordre mondial s’approfondissent. Même si l'ONU et ses diverses institutions cherchent à faire du bien pour le monde, il ne sera pas capable de traiter des problèmes urgents tant que sa structure organisationnelle actuelle reste la même.

Depuis sa fondation officielle en 1945, le système de l’ONU a été contesté par le manque de leadership, de ressources et d'un agenda mondial vraiment commun. Cette année, ce ne sera pas différent. L'organisation de 193 membres, la plus importante sur terre et dans l'histoire, verra des discours et des rencontres qui chercheront à utiliser ce forum mondial pour faire pression la plupart du temps sur un programme politique et économique étroit et limité.

Cela ne signifie pas que certaines bonnes personnes parmi les chefs d'Etat, les délégués ou les travailleurs de l’ONU ne vont pas tenter de réaliser un véritable changement pour le bien de notre « village mondial ». La question n'est pas réellement liée aux individus et à leur conscience, mais à la structure actuelle du Conseil de sécurité qui favorise les intérêts des cinq membres permanents sur le reste du monde. Il n'y a pas de réponse rationnelle et démocratique à la question de savoir pourquoi ces cinq membres permanents siègent toujours à ce conseil 72 ans après la fondation des Nations Unies et comment ils peuvent justifier le maintien du statu quo au 21ème siècle. C’est pour cela que les Nations Unies  échouent sur tous les problèmes urgents dans le monde.

Le thème de l'Assemblée générale de cette année est «Focus sur les individus: lutter pour la paix et une vie décente pour tous sur une planète durable». C'est un objectif noble et chacun devrait contribuer à sa réalisation. Mais les réalités sur le terrain parlent beaucoup de l'échec de la communauté internationale à protéger les pauvres et les opprimés, et à fournir une «vie décente pour tous». La réalité est le capitalisme copieux. La réalité est la guerre, les guerres indirectes et toujours encore plus de guerres, afin que les États-nations puissent faire fléchir leurs muscles et les compagnies d'armes puissent gagner de l'argent. La réalité est que les riches deviennent plus riches et les pauvres deviennent plus pauvres de jour en jour. La réalité est que des centaines de millions de personnes autour du monde vivent dans la pauvreté abjecte devant les yeux et dans le mépris total des nations les plus riches d'Europe et des États-Unis.

Un récent rapport de l’ONU confirme cette réalité déprimante. Analysant les résultats de ce rapport, Saad Alfarargi, rapporteur spécial de l'ONU sur le droit au développement, a déclaré que "les gens dans les pays en développement paient un prix élevé pour des actions mondiales qui sont hors de leur contrôle". Il a ajouté que « nous assistons à certains des plus grands défis que le monde ait jamais vus, et ce, sans engagement mondial pour réaliser des changements ».

Est-ce que l’ONU peut faire preuve d’un engagement à l’échelle mondiale pour réaliser un changement? La réponse est simple, non. La raison en est que nous vivons à l'ère des États-nations et des sociétés transnationales qui cherchent à utiliser la mondialisation pour servir leurs intérêts et rien d'autre. La structure actuelle de l’ONU ne peut assurer l'équité et l'égalité, même parmi les Etats membres. L'hégémonie du Conseil de sécurité de l’ONU efface tout espoir pour une solution durable aux guerres, aux occupations et au nettoyage ethnique, en Syrie, en Palestine ou au Myanmar.

Les mécanismes décisionnels sont paralysés. Tout comme en Syrie avant et au Myanmar maintenant, l’ONU n'a aucun pouvoir pour empêcher les conflits, les purifications ethniques, les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité. Plus récemment, les violences commises contre le peuple Rohingya au Myanmar ont pris des semaines pour s'inscrire dans l’actualité de la communauté internationale. L'ONU, pour sa part, a pris une décision juste mais bien en retard après que plus de 400 mille musulmans Rohingya aient été forcés à quitter leurs maisons sous la menace des armes de soldats du Myanmar et des bouddhistes nationalistes.

Le président Erdoğan a fourni un énorme effort pour mobiliser les Nations Unies et les pays du monde entier en vue d’élever la voix contre le massacre des Rohingyas.

La Turquie est actuellement le seul pays au monde à fournir de l'aide aux Rohingyas au Myanmar et au Bangladesh. La Première dame de Turquie, Emine Erdoğan, est allée au Bangladesh accompagnée de deux ministres, pour témoigner elle-même de ce qui se passe là-bas. Les Rohingyas peuvent être sûrs que la Turquie ne cessera jamais de leur venir en aide jusqu'à ce que cette catastrophe humanitaire prenne fin.

Erdoğan a raison quand il dit que "le monde est plus grand que cinq", se référant aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Le monde a besoin de justice, de paix, d'égalité, de compassion et de sagesse, c’est-à-dire de valeurs éternelles partagées par toute l’humanité que le système onusien actuel ne peut offrir. Le système de l’ONU doit être réformé et restructuré s’il veut avoir une signification et une pertinence au 21ème siècle.

Le dilemme est que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité doivent donner leur consentement pour rendre possible cette réforme. Bien sûr, ils ne consentiront jamais. L'autre solution consiste à faire en sorte que l'Assemblée générale, c'est-à-dire les 193 États membres, se réunissent et forcent le changement. Mais ce n'est pas possible non plus parce que les petites et les pauvres nations du monde, qui supposent avoir un vote à toutes les décisions de l’ONU, sont sous la pression et la tutelle des pays grands et riches. Les petits et les pauvres n'auront jamais l'audace de contester le statu quo parce qu'ils savent qu'ils seront soumis à toutes sortes de pressions et de harcèlement des «grands frères».

Il est triste de voir que l’ONU est incapable de résoudre ce dilemme.

L'espoir est quelque part ailleurs. Malgré d'énormes obstacles structurels, les pays d’une même  mentalité, dotés d'un programme, d’une sagesse et d’une conscience similaires peuvent encore faire beaucoup de bonnes choses pour les pauvres, les faibles et les opprimés du monde. Tout ce dont ils ont besoin, c'est de s'unir, de travailler sur un ordre du jour commun et avoir le courage et la détermination de rendre justice, l'égalité et le respect.


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