La visite de M. Erdogan au Vatican, un pas vers la paix internationale

Une étude de Cemil Dogac Ipek, Docteur en Relations internationales à l’université Ataturk

La visite de M. Erdogan au Vatican, un pas vers la paix internationale

          Il y a peu, le président de la République de Turquie, Recep Tayyip Erdogan était au Vatican en tant qu’invité du Pape François.       

          Le premier contact officiel entre la Turquie et le Vatican ou le monde catholique est établi à l’époque du sultan Mehmet le Conquérant. La Papauté a alors obtenu le droit de disposer d’une représentation permanente à Istanbul. La visite en 1959 du président turc de l’époque, Celal Bayar au Vatican et son entretien avec le Pape Jean XXIII ont abouti à la création de relations diplomatiques. Des ambassades ont ensuite été ouvertes réciproquement. L’ambassade de la Turquie au Vatican est entrée en fonction en 1962. La première visite d’un Pape en Turquie a été réalisée en 1967 par Paul VI. Plus tard, le Pape Jean-Paul II a visité la Turquie en 1979, Benoit XVI en 2006 et dernièrement le Pape François entre les 28 et 30 novembre 2014.  

          Le président turc Erdogan était à Rome il y a peu à l’invitation du Pape François. A l’exception des entretiens au Vatican, M. Erdogan a aussi rencontré le président italien Mattarella, le Premier ministre Gentiloni ainsi que les hommes d’affaires pour discuter des relations turco-italiennes. Au cours de son entretien avec le Pape, le président Erdogan avait à l’agenda les relations entre la Turquie et le Vatican, les développements sur Jérusalem, les questions d’ordre régional, la tragédie humanitaire en Syrie, le terrorisme et la lutte contre la xénophobie et l’islamophobie. Une déclaration a été faite par la République de Turquie sur l’entretien. Selon cette déclaration, les deux hommes ont évoqué l’importance de poursuivre les suggestions à l’administration américaine sur les inconvénients de la décision sur Jérusalem et sa non-application.

          Le président Erdogan et le Pape ont souligné la nécessité de préserver le statut déterminé par les résolutions de l’ONU et le droit international sur Jérusalem. La visite du président turc au Vatican a également une importance symbolique. Il s’agit de la première visite d’un président turc au Vatican après 59 ans d’intervalle. En outre, le leader spirituel du monde catholique, le Pape et le président en exercice de l’Organisation de la coopération islamique M. Erdogan ont ainsi exprimé au monde entier leur sensibilité au sujet de Jérusalem.  

          Comme on pourra s’en souvenir, le président américain Donald Trump a décidé le 6 décembre 2017 de reconnaitre Jérusalem comme la capitale d’Israël. La réaction la plus ferme à cette décision a été affichée par le président Erdogan. En dehors de plusieurs leaders du monde, M. Erdogan s’est aussi entretenu à deux reprises avec le Pape François. Le Pape a affirmé que Jérusalem était une ville sainte pour les fidèles de trois religions, appelant à « respecter le statut défini par les résolutions de l’ONU ». Cet appel en commun et légitime a eu un impact remarquable sur l’isolation des Etats-Unis lors du vote à l’Assemblée générale. La sensibilité du Vatican et de l’UE au sujet de Jérusalem malgré la décision américaine qui a porté atteinte à la paix, a empêché une rupture dans les relations entre le monde musulman et l’Occident. Par des fermes critiques aux Etats-Unis, M. Erdogan a en effet exprimé le mécontentement de l’Europe et du monde chrétien au sujet de Jérusalem.  

          Depuis son élection, le Pape François a affiché un profil de leader ouvert au dialogue, ouvert d’esprit et sincère. La position du Vatican au sujet de Jérusalem a été saluée par le monde musulman. Cette approche a rapproché les musulmans et catholiques. Cette situation n’est pas surprenante. Or Jérusalem est également un lieu saint pour les chrétiens. Donc il n’est pas possible qu’ils approuvent une décision unilatérale des Etats-Unis et d’Israël.

          La visite du président Erdogan au Vatican est également essentielle du point de vue des efforts de rapprochement entre la Turquie et l’UE et de la lutte contre le terrorisme. Au cours d’une réunion en mars 2017 avec les leaders de l’UE, le Pape François avait déclaré que « l’UE devait se remettre en question et trouver de moyens de remédier aux maladies provoquées au cours des six dernières décennies ». En une période où le désaccord devient de plus en plus grand dans l’alliance transatlantique ; l’UE a besoin d’une coopération étroite avec la Turquie en matière de sécurité, de stabilité et sur la question migratoire. L’UE qui a des difficultés à résoudre les crises intérieures, n’est pas directement intervenue dans les crises en Syrie et en Irak.

          L’Europe qui a directement été touchée des crises au Moyen-Orient, peut devenir influente dans les équations régionales en trouvant une base en commun avec la Turquie. Un soutien qui serait apporté à la lutte de la Turquie contre l’organisation terroriste PKK-YPG peut faciliter le rapprochement de l’UE avec la Turquie.

          La solidarité au sujet de Jérusalem, accentuée au cours de la rencontre du président Erdogan avec le Pape, peut empêcher l’introversion de l’Europe. Cela peut également être une démarche symbolique pour raviver les relations turco-européennes. La détermination à lutter contre la xénophobie et l’islamophobie, décidée au cours de l’entretien, est un autre point positif à souligner.  Par conséquent, cette visite expose la volonté de la République de Turquie et du président Erdogan à travailler ensemble pour la paix, la sécurité et l’amitié.



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